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CRITIQUES DE CONCERTS |
21 décembre 2024 |
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Rinaldo de Haendel mise en scène par Nigel Lowery et Amir Hosseinpour et dirigée par Andreas Spering – Coproduction du Festival de Montpellier, du Staatsoper de Berlin et de l'Opéra des Flandres.
Rinaldo au pays des jouets
Pure provocation ou esprit de contradiction, les metteurs en scène actuels semblent prêts à tout pour ne pas prendre l'opera seria au sérieux. Plus ludique que de raison, ce Rinaldo signé Nigel Lowery et Amir Hosseinpour, déjà vu au Festival de Montpellier et au Staatsoper de Berlin, détourne avec une habileté parfois outrancière les codes d'un genre corseté, alors qu'Andreas Spering mène sans excès une distribution plus solide qu'inspirée.
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« Rinaldo, opera seria
Laissez-nous rire ! » semblent clamer Nigel Lowery et Amir Hosseinpour. Le livret du premier opéra londonien de Haendel, inspiré de la Jérusalem délivrée du Tasse, ne manque certes pas de s'enchevêtrer dans un dédale de personnages stéréotypés débauchés par les sortilèges de la magicienne Armide. Mais de là à transformer les croisades, aux terribles résonances contemporaines, en un simple jeu d'enfants rappelés à l'ordre par la cloche du collège, il n'y a qu'un pas que les metteurs en scène osent franchir, non sans habileté, au risque de lasser dans un troisième acte redondant.
Si leur esthétique cultive le mauvais goût avec jubilation, la direction d'acteurs, chorégraphie répétitive digne des plus mauvais shows télévisés des années 1970, confère paradoxalement à l'intrigue la plus rigoureuse clarté, nourrie de contrastes brutaux et maîtrisés, permettant à chaque personnage, pantin consentant, d'exister, d'autant qu'elle souligne les rouages d'un genre que Haendel ne cessera de contourner, passé maître en l'art de la distance ironique.
Armide, magicienne fantasque, nymphomane et dominatrice, est la première, sinon la seule, à bénéficier de ce foisonnement ludique, servie par une armada de jouets et poussin jaune dans l'improbable combat l'opposant à Rinaldo Action man. Passée la retenue du premier acte, Inga Kalna impose avec un art recherché l'évolution du personnage : actrice sensationnelle aux ressources vocales sidérantes, elle lance un Ah, Crudel aux couleurs éperdues avant de se livrer à une métamorphose échevelée en poupée gonflable géante sur les cadences plus interminables que véloces du clavecin de Vo' far guerra. De sa rivale, pure et innocente Almirena, fuyant les assauts engorgés de l'Argante de Robert Gierlach, Olga Pasichnyk possède le physique et la ligne raffinée, mais le timbre corsé, le vibrato voluptueux sont d'une Poppée, une Cléopâtre même.
Plus probe qu'héroïque rôle éponyme, Christine Rice impressionne par l'ampleur romantique de l'instrument, malgré une émission parfois relâchée, en piani trop pâles pour émouvoir. Projection spectaculaire – et pas seulement pour un contre-ténor – mais ligne chaotique et timbre aigre, Nicola Marchesini n'embarrasse pas Goffredo de scrupules stylistiques, alors que Philippe Jaroussky, dont le timbre ne cesse de s'enrichir dans le bas de la tessiture, offre une parfaite leçon de bel canto, dans un rôle soudain moins mineur.
De cette distribution solide, Andreas Spering sait garantir l'équilibre sans concession à la facilité, tempi raisonnés et contrastes jamais appuyés, maintenant une progression dramatique plus efficace que palpitante. Les instruments modernes de l'Orchestre symphonique de l'Opéra des Flandres ne sont pas, il est vrai, toujours des plus malléables, avares de tenue dans les airs introspectifs, où le théorbe pertinent d'Israel Golani sait parer le discours d'accents plus authentiques.
Si ce Rinaldo fait l'impasse, visuellement comme musicalement, sur le flamboyant et le merveilleux, la présence maléfique d'Inga Kalna aura fait souffler un indispensable vent de folie sur l'épopée haendélienne.
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