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CRITIQUES DE CONCERTS |
22 décembre 2024 |
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Reprise du Vaisseau fantôme de Wagner dans la mise en scène de Florentine Klepper, sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra de Dresde.
Ricarda sauve le Hollandais
Alors qu’elle chantait encore Senta à Marseille le mercredi, et qu’elle remplaçait vendredi Tamara Wilson à Francfort dans le lourd rôle-titre d’Hélène d’Égypte, Ricarda Merbeth sauve dès le lendemain la production du Vaisseau fantôme de Dresde en remplaçant au pied levé Marjorie Owens, pour retrouver son Erik de Bayreuth, Tomislav Mužek.
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Est-ce parce que cette reprise n’a pas assez été répétée et que l’orchestre est concentré sur la nouvelle production du Freischütz, ou parce que Constantin Trinks est encore dans l’ambiance de la Flûte enchantée de Paris ? Toujours est-il que la lecture proposée du Fliegende Holländer à la Semperoper Dresden trouve dans une recherche de légèreté un son aéré, renvoyant à Weber et Marschner, voire à Mozart dans le duo Erik-Senta.
Le chef tient l’ensemble avec maîtrise et applique une battue rapide à la version Weingartner choisie pour ce quatrième ouvrage de Wagner. Seule la balance fait parfois défaut et laisse trop ressortir le tuba ou les cors, définitivement occupés à autre chose qu’à parfaire leurs attaques. Les bois sont toujours parmi les plus beaux, avec ce cristallin et cette couleur si spécifiques, dont on démarquera la prestation du premier hautbois et celle des bassons.
Constitué d’un superbe décor de Martina Segna, le plateau nous fait oublier la salle au I en nous plongeant dans les contrées nordiques, où les lumières de Bernd Purkrabek créent une véritable ambiance, renforcée par les vidéos de pluie et de tempête de Bastian Trieb. Sophie Becker propose une dramaturgie classique, dans laquelle arrive presque à se fondre Ricarda Merbeth, bien qu’elle n’ait jamais répété cette production.
La mise en scène de Florentine Klepper convainc moins, recherchant une explication rationnelle à cette histoire de fantôme en auto-centrant la réflexion sur Senta. Celle-ci n’est donc ni malade ni psychopathe mais seulement nostalgique d’une vision de l’amour dans sa jeunesse, représentée par un double enfantin sur scène. Aussi voit-on dès le départ un enterrement, au II des réflexions de femmes mûres au milieu d’ouvrières parmi lesquelles Mary est devenue accoucheuse, et au III Daland sur son lit de mort, se réveillant au final. La transposition ne pose initialement aucun problème, mais insuffle du ridicule dans la scène du chœur de femmes et ne trouve aucune transcendance dans les images convenues d’une Senta s’enfuyant avec sa valise sur les dernières mesures.
La faute n’en revient pas à Ricarda Merbeth, qui semble encore plus que la veille dégagée de toute contrainte et de toute retenue vocale. La voix ample et stable ne trouve que quelques légers défauts dans le duo avec le Holländer, mais impressionne dans la Ballade et par la puissance de l’air final. Tomislav Mužek campe un Erik très clair au souffle maîtrisé et à la crédibilité scénique, surtout lorsqu’il est seul en habit de chasseur parmi le chœur d’hommes en costumes au III, et lorsqu’il arrive enfin en habit de marié, mais trop tard, dans la dernière partie.
Michael Elder chante Daland avec un accent anglais patent et surtout une voix plus noire que celle du Hollandais de Markus Marquardt. Cet écart de couleur pose d’autant plus problème que les graves du Hollandais manquent à la fois d’ampleur et de profondeur pour porter le personnage à un haut niveau. Tichina Vaughn est une Mary engagée sur scène et correcte vocalement bien qu’un peu trop nasale, distinctement audible parmi l’excellent Staatsopernchor Dresden. Mauvaise note en revanche pour le Steuermann de Timothy Oliver, à oublier ce soir par le manque de souffle et un timbre désagréable.
Merci encore à Ricarda Merbeth pour son impressionnant remplacement de dernière minute ! On sait maintenant qu’elle prendra le rôle d’Isolde l’an prochain. Pour le reste, entendre un Wagner avec un tel orchestre dans une salle aussi mythique reste toujours un grand plaisir, malgré les quelques remarques de contours évoquées.
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