|
|
CRITIQUES DE CONCERTS |
21 décembre 2024 |
|
Nouvelle production de Pelléas et Mélisande de Debussy dans une mise en scène de Katie Mitchell et sous la direction d’Esa-Pekka Salonen au festival d’Aix-en-Provence 2016.
Aix 2016 (3) :
Pelléas dans le décor
Inaugurant Aix 2016, le Pelléas de Katie Mitchell offre au regard une luxuriance abusive qui tourne court. Aux ralentis mesurés des gestes se mêle une direction linéaire et engluée. Le plateau reste dominé par Laurent Naouri et les premiers pas de Barbara Hannigan, tandis que Stéphane Degout fait ses adieux au rôle de Pelléas.
|
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le 16/07/2016
David VERDIER
|
|
|
|
Bons baisers d’Eltsine
RĂ©gal ramiste
L'Étrange Noël de Mrs Cendrillon
[ Tous les concerts ]
|
Une chambre à coucher. Rideau. La même chambre mais un arbre luxuriant qui a poussé dans le mur. Une salle à manger. Rideau. Une piscine désaffectée… Les somptueux décors de Lizzie Clachan scandent l'univers de Maeterlinck en une série de scènes cloisonnées, façon vignettes historiées qui divisent l'espace en plusieurs stations. Pour sa troisième mise en scène au festival d'Aix, Katie Mitchell et son dramaturge Martin Crimp ont imaginé les personnages à travers le prisme d'un rituel quasi liturgique. Comme si les ombres de la prose symboliste se prolongeaient dans l'onirisme des situations, laissant apparaître des incohérences que l'on ne trouve d'ordinaire que dans les rêves.
Ce fil qui se délite rappelle l'étrangeté d'un Magritte ou d'un Paul Delvaux, notamment quand Mélisande se change en femme-objet que l'on plie, étire, habille et déshabille comme une poupée de celluloïd pendant les musiques de transition. Ajoutant au mystère un système assez éculé de personnages doublures, Katie Mitchell tresse jusqu'à la lassitude la confusion étymologique entre fantasmes-fantômes.
Visibles et invisibles, les personnages observent la scène qui se déroule en forme d'interaction silencieuse : Mélisande caressant les tempes de Pelléas pendant la lecture de la lettre, Pelléas allongé sur le lit de Golaud… Si les longs cheveux se font berceuse pour l'affreux poupon factice qui passe de bras en bras, on préfère certains détails surréalistes et évocateurs comme ce coquillage qui sort de la bouche de Mélisande, les bras (vraiment) chargés de fleurs ou ce verre d'eau qui déborde comme la colère de Golaud.
La taille et l'impact des décors fascinent le regard mais dispersent l'attention. Cette immense piscine désaffectée vue en coupe impose assez lourdement la référence à la fontaine des aveugles. Pas un seul carreau sale, pas une seule fissure ne manque à cet espace, tandis que le jeu d'acteur s'englue dans des gestes systématiques et des poses sans relief.
De la glue également dans la fosse du Grand Théâtre, où Esa-Pekka Salonen étire à l'extrême la pâte orchestrale déjà dénervée et chlorotique de son Philharmonia Orchestra. L'ennui gagne comme jamais des musiques de transitions molles et sans tension. Il faut attendre la scène du meurtre pour percevoir une urgence et des arrière-plans dans cet accompagnement, malencontreusement contredits par le grand-guignolesque couteau de boucher de Golaud. On retrouve dans la dernière scène la Mélisande en robe de mariée, dont le mouchoir tâché de sang servait déjà de fil rouge explicite à une action que l'on comprend s'être déroulée l'espace d'un songe.
Cette dramaturgie taillée sur mesure pour Barbara Hannigan offre un point de vue spectaculaire sur ses capacités hors norme en matière de jeu et de présence en scène. Quatre ans après le succès de Written on Skin de George Benjamin, la soprano canadienne répond avec brio au défi d'un rôle majeur du répertoire lyrique. Sa Mélisande sort des sentiers battus sans pour autant oser les mystères et les ambiguïtés d'une ligne à l'évidente élégance.
Pour son dernier Pelléas, Stéphane Degout hérite d'une fâcheuse nervosité surjouée qui jure avec une diction châtiée et quasi syllabique. L'incarnation est remarquable mais ne remplacera pas le souvenir de ses prestations dans les mises en scène de Bob Wilson et Pierre Audi. L'élégance et le soin que Laurent Naouri apporte à son Golaud le placent parmi les interprètes les plus remarquables de ces dernières années.
L'ample projection de la voix ténébreuse de Franz-Josef Selig fait oublier l'aisance relative dans un Arkel moins maîtrisé que ses rôles wagnériens. L'excellent Médecin de Thomas Dear réussit la prouesse de faire exister un personnage réduit à quelques répliques. Entendues dans la production nantaise d'Emmanuelle Bastet, la Geneviève de Sylvie Brunet-Grupposo et le petit Yniold de Chloé Briot ne semblent pas ici au meilleur de leur forme. La première fait un sort à tous les mots de sa lettre, tandis que la seconde compose un petit garçon aux stridences douteuses.
| | |
| | |
|