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CRITIQUES DE CONCERTS |
21 décembre 2024 |
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Concert Beethoven de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig sous la direction d’Herbert Blomstedt, avec la participation du pianiste András Schiff au festival de Salzbourg 2016.
Salzbourg 2016 (10) :
Blomstedt au sommet
Standing ovation amplement méritée pour Herbert Blomstedt à l’issue de ce concert de clôture de Salzbourg 2016, où le maestro suédois de 89 ans aura été éblouissant d’un bout à l’autre d’un programme Beethoven mené de main de maître, aux côtés d’un Gewandhaus exemplaire, et malgré un András Schiff bien terne dans l’Empereur.
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Évacuons d’emblée les quelques moments chagrins de ce concert de clôture de Salzbourg 2016, où le vétéran Herbert Blomstedt aura transcendé trois partitions beethovéniennes servies tout au long d’une carrière de dévotion au compositeur, dont il a laissé à la postérité l’une des plus belles intégrales des symphonies au disque, avec la Staatskapelle de Dresde à la fin des années 1970.
Seule source de déception donc, la présence guindée dans sa manière de gagner l’instrument, lente et cérémonieuse là où le chef trottine jusqu’au podium avec l’enthousiasme d’un enfant, du pianiste András Schiff, empêtré dans un staccato sec et scolaire faisant sonner son magnifique Bösendorfer comme un méchant Yamaha, à court d’idées et surtout avare du moindre legato, pas une phrase ne cherchant à faire oublier la mécanique de l’instrument.
Et pourtant, Blomstedt avait confectionné au Concerto l’Empereur un tapis de rêve, puissant et mâle sans virilité outrancière, soignant les tenues de bois, ménageant des transitions d’une musicalité exemplaire, fruit d’une lente genèse, progressions accouchant notamment entre l’Adagio et le Rondo final, par le biais de tenues de cor au souffle infini, d’un véritable moment de grâce.
Difficile toutefois de ne se repaître que de l’orchestre, face à une digitalité poussive, calant dans des gammes où chaque bruyant passage du pouce nous ramène sans ménagement au plancher des vaches. Jusque dans l’Impromptu en solb majeur op. 90 de Schubert donné en bis, arpèges agités, sans sérénité, on sent le pianiste hongrois dans un mauvais soir.
Le concert avait toutefois rudement bien commencé, dès l’entrée en scène, d’un pas incroyablement alerte, d’un Herbert Blomstedt défendant toujours l’ouverture Leonore II, moins naturelle, plus heurtée que la mouture suivante, avec une volonté de réhabilitation manifeste, de mémoire, une édition de poche de la partition fermée sur le pupitre, juste pour se rassurer.
Quarante ans après son intégrale au disque, le chef suédois continue sur sa lancée d’un Beethoven dans une tradition allemande dépourvue de toute pesanteur, sans cesse attentive à un mariage heureux entre verticalité et horizontalité, au parfait point d’équilibre pour retranscrire l’ardeur du message beethovénien, sa pugnacité rythmique, la puissance de ses modulations, tout en prenant garde à laisser chanter l’orchestre dans une filiation mozartienne.
Forts de tempi plus vifs dans une magnifique interprétation de la Septième Symphonie, l’économie du geste chez ce grand maestro longiligne, le recours à de légers coups du poignet pour marquer les accents dans une battue sans baguette, une manière de garder de l’énergie sous la semelle font des miracles d’un bout à l’autre, illustration même d’une force tranquille à son sommet.
On ne pensait d’ailleurs pas trouver dans l’Allegretto une telle couleur chez des cordes presque sans vibrato d’une intensité bouleversante aux violoncelles, apaisée quelques instants plus tard par le chant des clarinettes évoquant les lueurs d’espoir de Fidelio. De même, le Scherzo, nerveux, bondissant, ne s’englue jamais dans des épisodes secondaires recto tono, tremplins parfaits pour le retour du thème principal, que transfigurent un Orchestre du Gewandhaus en majesté.
Tout en conservant une clarté polyphonique de rêve, avec une progression des basses menant à un climax jubilatoire dans le Finale, Blomstedt bondit à nouveau sur le podium au milieu des applaudissements pour attaquer en bis une ouverture d’Egmont anthologique, tension des archets à son acmé, saluée par une standing ovation pour ce chef à l’humanité rayonnante, à l’éternelle jeunesse, du haut de ses 89 ans.
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GroĂźes Festspielhaus, Salzburg Le 31/08/2016 Yannick MILLON |
| Concert Beethoven de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig sous la direction d’Herbert Blomstedt, avec la participation du pianiste András Schiff au festival de Salzbourg 2016. | Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Leonore, ouverture n° 2
Concerto pour piano et orchestre n° 5 en mib majeur op. 73 « l’Empereur »
András Schiff, piano
Symphonie n° 7 en la majeur op. 92
Gewandhaus Orchester Leipzig
direction : Herbert Blomstedt | |
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