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CRITIQUES DE CONCERTS |
21 décembre 2024 |
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Pelléas et Mélisande de Claude Debussy
Pelléas à Bordeaux, une production à conjuguer au superlatif
Dans la mise en scène de Yannis Kokkos, un immense miroir en plan incliné double les personnages d'un reflet qui souvent paraît plus vrai que le corps qui chante
Un metteur en scène inspiré comme jamais, un jeune chef autrichien qui révèle la sauvagerie trouble de la partition, une distribution idéale physiquement comme vocalement, décidément ce Pélléas Bordelais cumule tous les atours d'un cru exceptionnel.
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Grand-Théâtre, Bordeaux
Le 22/01/2000
Antoine Livio (1931-2001)
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Debussy - Pelléas et Mélisande
L'Orchestre National Bordeaux Aquitaine a retrouvé forme et flamme, sous la conduite de son nouveau directeur musical, Hans Graf. Il n'est pas inutile de rappeler que c'est Alain Lombard qui fit appel à ce jeune chef autrichien que nous avons suivi dans son excellent travail à la tête de l'Orchestre du Mozarteum et du Landestheater de Salzbourg. Il dirigeait alors Mozart et ses " Nozze di Figaro " demeurent un des beaux souvenirs lyriques bordelais. Aujourd'hui, il a dirigé Dutilleux avec une intelligence et une profondeur qui ont séduit le compositeur. Et le voici interprète de Debussy. Hans Graf, c'est le feu sous la glace. Ainsi l'orchestre de " Pelléas " prend-il des couleurs qui feignent d'ignorer la passion et qui sculptent les affrontements si cruels de la belle histoire d'amour racontée par Maeterlinck. Belle histoire ? non. Amour ? oui, si l'amour ne peut être que malheureux, bafoué ou tué. Avec Graf, on retrouve un Debussy à l'extérieur courtois, mais retenant à peine une sauvagerie trouble de tant de passion amère.
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Et ce flot qui monte de la fosse, envahit une scène toute d'interrogation et de lumière diffuse, dessinée par un Yannis Kokkos qui jamais encore ne fut autant inspiré. Un immense miroir en plan incliné double les personnages d'un reflet qui souvent paraît plus vrai que le corps qui chante. Ainsi Kokkos inscrit-il le mystère de l'histoire et les mensonges de Mélisande dans un univers perpétuellement à double sens. Intellectuellement, c'est séduisant, mais visuellement, ça l'est davantage encore dans les lumières glauques et inquiétantes imaginées par Patrice Trottier.
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Jean-François Lapointe
incarne Pelléas
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La distribution est idéale, et physiquement et musicalement. Certes le Grand Théâtre de Bordeaux semble avoir été conçu pour la musique de Debussy, et pour des voix qui n'ont pas à être tonitruantes. Aussi Isabelle Cals compose-t-elle avec Jean-François Lapointe un couple idéal d'adolescents fiévreux et inquiets. Leurs deux voix se marient avec un bonheur rare. Face à eux, François Le Roux réussit à approfondir encore le personnage de Golaud dont il incarne à la fois la douleur et la violence. Sa scène avec le petit Yniold (une vraie trouvaille que ce jeune garçon à la diction parfaite et à la voix claire) est un des instants les plus pathétiques que j'ai jamais vu sur scène. Il ne faut pas oublier ni ce douloureux vieillard d'Arkel, campé avec tant de finesse par le jeune Fernand Bernadi, un vrai comédien lyrique ! et la noble et belle Geneviève de Hanna Schaer, dont la lecture de la lettre est un grand moment de musique.
Il faut courir Ă Bordeaux pour assister au miracle de ce spectacle.
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Grand-Théâtre, Bordeaux Le 22/01/2000 Antoine Livio (1931-2001) |
| Pelléas et Mélisande de Claude Debussy | Direction musicale : Hans Graf
Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos
Avec Jean-François Lapointe (Pelléas), Isabelle Cals (Mélisande), Hanna Schaer (Geneviève), François Le Roux (Golaud), Fernand Bernadi (Arker), Charles Sourisce (Yniold), Jean-Jacques Doumène (le Médecin/le Berger). | |
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