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CRITIQUES DE CONCERTS |
21 décembre 2024 |
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Messa da Requiem de Verdi par Sir John Eliot Gardiner au festival de Saint-Denis 2019.
Ferveur baroque verdienne
Présent à Saint-Denis pour une sélection de cantates de Bach l’été dernier, Sir John Eliot Gardiner clôt cette année le Festival par un Requiem de Verdi passionnant par certaines parties d’orchestre et par la ferveur et l’intelligence du Monteverdi Choir. Un quatuor vocal seulement correct limite le caractère exceptionnel de la soirée.
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Difficile de penser en premier lieu à Sir John Eliot Gardiner à l’évocation de la Messa da Requiem de Verdi, et ce d’autant plus en clôture d’une saison où Paris a entendu la proposition superbement dramatique d’Enrique Mazzola, celle luxueuse de Riccardo Chailly et celle énervée de Teodor Currentzis, toutes trois à la Philharmonie. Dans quel créneau interprétatif le chef britannique allait-il donc se frayer un chemin, dans cette œuvre qu’il a enregistrée il y a vingt-sept ans et reprise pour le plus récemment fin 2018 ?
La réponse est simple autant que multiple : la ferveur religieuse, l’intelligence et l’application, évidentes dès le premier unisson pianissimo, rarement si lugubre au début de l’Introït. L’Orchestre Révolutionnaire et Romantique ne dépareille pas dans un tel ouvrage, malgré seulement trois contrebasses et à peine plus de violoncelles, à l’heure où les habitudes concernant ces pupitres dans l’ouvrage sont plutôt de l’ordre de huit ou dix musiciens.
Pour autant, le Dies Irae explose et libère toute l’énergie possible de l’ensemble, tout en étalant la puissance et la précision du Monteverdi Choir. Puis les trompettes annoncent la résurrection, ensuite développée par un ample fortissimo de percussions et de cuivres, où les cors anciens ne sont jamais pris en défaut.
Dans le quatuor vocal, la basse Ashley Riches affiche un bas registre sans gravité, trop peu coloré et jamais expansif. La mezzo-soprano Christine Rice tient sa partie d’une ligne stable et d’un chant plein d’expressivité, plus volumineux dans le haut que dans le bas du spectre. Son texte, difficile à percevoir, est mieux repris par Charles Castronovo, ténor dynamique bien que quelque peu hors-sujet dans une telle interprétation, où il n’enflamme de surcroît guère l’Ingemisco. Le basson accompagne de manière remarquable cette partie, adroitement assisté par les clarinettes.
Pourtant, déjà , la magie du début s’est évaporée dans l’acoustique délicate bien que maîtrisée par le chef anglais de la vaste nef des rois de France, malgré un chœur toujours parfaitement audible, même lors des tutti d’orchestre. La soprano Lenneke Ruiten apporte de l’aigu sans magnifier par le timbre ni l’éclat ses interventions, et le reste de l’interprétation laisse régulièrement percevoir une disparité entre les parties de chœur, dont un Lacrymosa d’une rare sous-tension, et celles des solistes.
Cette vision mérite d’être entendue à nouveau et on l’espère gravée, mais avec un quatuor vocal plus présent et mieux adapté que les quatre chanteurs pris par Gardiner comme pour interpréter une simple cantate baroque.
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Basilique, Saint-Denis Le 03/07/2019 Vincent GUILLEMIN |
| Messa da Requiem de Verdi par Sir John Eliot Gardiner au festival de Saint-Denis 2019. | Giuseppe Verdi (1813-1901)
Messa da Requiem
Lenneke Ruiten, soprano
Christine Rice, mezzo-soprano
Charles Castronovo, ténor
Ashley Riches, basse
Monteverdi Choir
Orchestre RĂ©volutionnaire et Romantique
direction : Sir John Eliot Gardiner | |
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