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CRITIQUES DE CONCERTS |
28 mars 2025 |
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Nouvelle production de Don Quichotte de Massenet dans une mise en scène de Damiano Michieletto et sous la direction de Patrick Fournillier à l’Opéra national de Paris.
Chevalier malade
Travail habile mais pour autant peu passionnant, le Quichotte mis en scène par Michieletto cherche avant tout à s’accommoder des contraintes de Bastille. Dans le rôle-titre, le vigoureux Christian Van Horn peine à convaincre de son état de poète névrosé. C’est la direction stylée et vivante de Patrick Fournillier qui apporte un bonheur sans mélange.
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Programmer Don Quichotte de Massenet à Bastille, même si cela a été déjà fait, n’est pas sans risque pour de multiples raisons. Cet opéra pour l’essentiel intimiste a tendance à se perdre dans le cadre immense de la scène. Son livret maladroit mais souvent touchant demande à la mise en scène beaucoup de délicatesse. Sa prosodie malaisée demande beaucoup d’efforts aux chanteurs. La nouvelle production présentée par l’Opéra de Paris ne répond que partiellement à ces exigences.
Le metteur en scène Damiano Michieletto qui connaît bien la maison parisienne restreint le cadre à un appartement épuré dont le cadre ne s’ouvre qu’occasionnellement. Un décor qui renvoie le plus efficacement possible les voix vers la salle et offre sans doute une certaine lisibilité jusqu’aux derniers rangs du public. Son propos reste simple en présentant Quichotte comme un écrivain hanté par ses démons et son amour déçu pour Dulcinée. Le passage de la réalité aux névroses du héros s’effectue avec une belle fluidité, les personnages le harcelant sortent et disparaissent par des interstices invisibles dans les murs, depuis le tapis ou le canapé.
Les silhouettes d’encre noir des harpies figurent des personnages emblématiques de l’Espagne comme des Sévillanes ou des matadors mais l’ambiance ibère ressort aussi d’un travail très minutieux dans le choix des costumes des protagonistes et des choristes. Pour le reste, le propos scénique n’évite pas la répétition, l’irruption de vidéos cherchant à apporter un peu de variété visuelle et une direction d’acteur pas toujours nuancée. À grande force de verres d’alcool et de médicaments, l’écrivain meurt d’épuisement.
On le sait, Christian Van Horn n’était pas le premier choix pour le rôle-titre. Son timbre charbonneux qui le fait demander pour les rôles de méchant dans l’opéra français n’est pas ici un avantage. On souhaiterait plus de couleurs, plus de legato, plus de lumière pour évoquer son amour et ses désillusions, et aussi une prononciation plus intelligible. Il n’est malheureusement pas le seul à être peu compréhensible car le chant opulent de la Dulcinée de Gäelle Arquez nécessite aussi de lire les surtitres.
Étienne Dupuis fait un Sancho efficace dans son immédiateté, et les petits rôles sont dans l’ensemble bien tenus. Grand spécialiste du compositeur, Patrick Fournillier montre depuis la fosse un admirable sens des proportions. Sous sa direction, l’Orchestre de l’Opéra enchante l’oreille avec des couleurs parfaitement dosées, procurant une animation et, finalement, une émotion qui manquent sans doute ailleurs.
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