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CRITIQUES DE CONCERTS |
29 janvier 2025 |
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Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène de Kornél Mundruczó et sous la direction de Jukka-Pekka Saraste au Grand-Théâtre de Genève.
Salomé dans la Herod Tower
Le Grand Théâtre de Genève présente une Salomé délocalisée dans le New York contemporain, impressionnante scénographiquement mais au fil dramaturgique assez étroit. Gábor Bretz et Tanja Ariane Baumgartner triomphent en Iokanaan et Hérodiade, tandis que la Salomé d’Olesya Golovneva et la direction de Jukka-Pekka Saraste déçoivent.
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Salomé dans la Herod Tower
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Kornél Mundruczó déplace le drame biblique au sommet d'un immeuble dont on comprend très vite qu'il s'apparente à la Trump Tower de New York lorsqu'on voit le célèbre propriétaire des lieux débarquant en costume bleu et cravate orange, entouré de ses partisans en casquettes rouges MAGA. De la rue montent les protestations d'une foule d'opposants que cet aréopage de nouveaux riches observe par les fenêtres en vidant des whiskys au milieu d'un salon au luxe aussi faux que tapageur.
Hérodiade promène une vulgarité plus appuyée que son personnage-référence tandis que la figure de Iokanaan renvoie à la fois aux hobos vagabonds et militants gauchistes. Ni sa dégaine ni surtout son arrivée en ascenseur ne justifient la fascination que le personnage exerce sur Salomé. Plus prévisible, la dénonciation de la conduite libidineuse d'Hérode conduit à des codes symboliques qui font éclater de façon spectaculaire le cadre du décor après une Danse des sept voiles où l'on devine que l'héroïne mûrit déjà sa décision de se venger de celui qui passe à l'acte et devient son agresseur sexuel.
Ce sacrifice transformateur déclenche un basculement dans la folie symbolique, depuis les suspensions de fruits-objets phalliques géants jusqu'à la tête tranchée du prophète – reproduite avec un réalisme et à une échelle impressionnante sur la scène du Grand Théâtre. Salomé et ses doubles sortent par les orifices de cette dépouille morbide, traçant sur leurs corps nus le mot STOP en référence aux coups d’éclat des activistes russes FEMEN.
Le plateau est dominé par l'Hérodiade fulminante et hallucinée de Tanja Ariane Baumgartner, qui donne une véritable leçon de phrasé et de projection à un John Daszak (Hérode) concentré dans sa posture de clown sinistre mais aboyant aux limites du supportable. Gábor Bretz retrouve le personnage de Jean-Baptiste qu'il connaît parfaitement depuis les festivals d'Aix et de Salzbourg, prêtant au prophète biblique un instrument sonore et très dense.
Pour sa prise de rôle en Salomé, Olesya Golovneva fait mieux que démériter mais la voix trahit une grande nervosité sur les montées dans l'aigu, avec une endurance parfois prise en défaut malgré l'évidence de l'engagement. On citera également la toujours excellente Ena Pongrac (le Page d’Hérodiade) et le convaincant Matthew Newlin (Narraboth).
La direction assez monolithique de Jukka-Pekka Saraste peine à maintenir les équilibres de l'Orchestre de la Suisse Romande en faisant notamment des cordes un élément somme toute assez neutre du discours harmonique, tandis que les cuivres écrasent souvent les premiers plans, contraignant le plateau à hausser artificiellement le volume.
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Grand Théâtre, Genève Le 25/01/2025 David VERDIER |
| Nouvelle production de Salomé de Strauss dans une mise en scène de Kornél Mundruczó et sous la direction de Jukka-Pekka Saraste au Grand-Théâtre de Genève. | Richard Strauss (1864-1949)
Salomé, opéra en un acte op. 54 (1905)
Livret d’Oscar Wilde arrangé par le compositeur, dans une traduction d’Hedwig Lachmann
Orchestre de la Suisse Romande
direction : Jukka-Pekka Saraste
mise en scène : Kornél Mundruczó
scénographie et costumes : Monika Pormale
Ă©clairages : Felice Ross
Avec :
Olesya Golovneva (Salomé), Gábor Bretz (Jochanaan), John Daszak (Herodes), Tanja Ariane Baumgartner (Herodias), Matthew Newlin (Narraboth), Ena Pongrac (Le page d’Herodias), Mark Kurmanbayev (Premier soldat), Nicolai Elsberg (Deuxième soldat), Michael J. Scott (Premier Juif), Alexander Kravets (Deuxième Juif), Vincent Ordonneau (Troisième Juif), Emanuel Tomljenović (Quatrième Juif), Mark Kurmanbayev (Cinquième Juif), Nicolai Elsberg (Premier Nazaréen), Rémi Garin (Deuxième Nazaréen). | |
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