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CRITIQUES DE CONCERTS |
01 avril 2025 |
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Nouvelle production de Juliette ou la clé des songes de Martinů dans une mise en scène de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil et sous la direction d’Anthony Hermus à l’Opéra de Nice.
Sur le fil des songes
Sans être une rareté absolue, bien qu’aucune scène française n’ait repris l’ouvrage de Martinů depuis 2006, Juliette ou la clé des songes ne retrouve pas assez souvent les feux de la rampe pour être au surréalisme ce que Pelléas et Mélisande est au symbolisme. Bien injustement, ainsi que le prouve la nouvelle production osée par l’Opéra Nice Côte d’Azur.
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Rendons d’abord grâce à Bertrand Rossi, le directeur de l’Opéra de Nice, qui en dépit de la morosité ambiante dans les théâtres lyriques de l’Hexagone, régulièrement frappés par des baisses de financement, quand ce n’est pas un désengagement brutal, et total, des tutelles, ne rogne pas ses ambitions. En témoigne une programmation où, avec le contrepoids nécessaire de titres populaires, les raretés sont autant de preuves d’audace.
Edgar célébrait en novembre Puccini, au seuil d’une saison qui peut à présent s’enorgueillir de la première exécution intégrale de la version française originale de Juliette ou la clé des songes de Martinů, ouvrage que l’Opéra de Paris avait donné, en 2002 puis en 2006, avec suffisamment de coupures pour que la représentation ne dépasse pas deux heures de musique, contre presque trois à Nice – ce qui ne va pas sans un certain nombre de défections au sein d’un public clairsemé.
D’un abord peu évident, l’ouvrage n’en est pas moins d’une séduction musicale immédiate. Cultivant le caractère composite que son surréalisme induit, le compositeur passe, en effet, mieux qu’habilement du lyrisme au récitatif et au parlé même, tandis que l’écriture orchestrale oscille entre luxuriance et raréfaction du matériau. Remarquable est, à cet égard, la façon dont Anthony Hermus tient la barre, avec un sens aigu des transitions et de la structure, allié à une capacité supérieure à faire scintiller les couleurs de l’Orchestre Philharmonique de Nice.
Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil, têtes pensantes autant que bras agissants du collectif Le Lab, ne sont pas de moindres artisans de la réussite de la production. Ils savent, comme ils l’ont si souvent prouvé ailleurs, créer un univers, tirer un fil sans que jamais il ne se rompe – ce qui ici va tout sauf de soi, tant il serait facile de se perdre dans les méandres des rêves et la mémoire perdue des habitants de la petite ville de bord de mer que rencontre Michel, le protagoniste.
Pas une seule fois l’irruption de la réalité, avec les images de ce dernier, dans le coma, après qu’il s’est effondré, comme happé, devant une toile d’Yves Klein exposée au Musée Matisse de Nice, n’alourdit un propos dramaturgique intégrant des références aux surréalistes, jusqu’aux citations, d’André Breton notamment, projetées sur le décor. Car leur théâtre sait garder toujours la juste dose de fantaisie.
Et donner vie à chacun des multiples personnages, de la silhouette fugace à l’écrasant rôle-titre, malgré une distribution assez inégale. Sa stature de géant conserve à Paul Gay une part d’autorité que l’usure précoce des moyens tend toutefois à contredire, tandis que Samy Camps parle souvent mieux qu’il ne chante. Quant à Ilona Revolskaya, la pulpe de son timbre se heurte vite à une technique chaotique, qui prive Juliette de sa mystérieuse séduction.
Remplaçant Valentin Thill, dont le retrait la veille de la première répétition aura causé bien des tracas, Aaron Blake mérite enfin tous les éloges, passant l’épreuve de Michel, qu’il n’avait interprété, et pas si récemment, qu’en allemand et en tchèque, mais jamais en français – d’où la béquille, bien excusable, d’une oreillette –, avec une clarté et une endurance qui n’excluent pas, bien au contraire, une rêveuse fragilité.
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Opéra, Nice Le 11/03/2025 Mehdi MAHDAVI |
 | Nouvelle production de Juliette ou la clé des songes de Martinů dans une mise en scène de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil et sous la direction d’Anthony Hermus à l’Opéra de Nice. | Bohuslav Martinů (1890-1959)
Juliette ou la clé des songes, opéra en trois actes (1938)
Livret d'après la pièce de Georges Neveux
Chœur de l’Opéra de Nice
Orchestre Philharmonique de Nice
direction : Anthony Hermus
mise en scène, décors & costumes : Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil (Le Lab)
Ă©clairages : Christophe Pitoiset
vidéo : Pascal Boudet
graphisme :Julien Roques
préparation des chœurs : Giulio Magnanini
Avec :
Ilona Revolskaya (Juliette), Aaron Blake (Michel), Samy Camps (le Commissaire / le Facteur / le Garde Forestier / l'Employé), Paul Gay (l'Homme à la fenêtre / le Marchand de souvenirs / le Bagnard), Louis Morvan (l'Homme au casque / le Petit Vieux / le Mendiant aveugle), Elsa Roux Chamoux (le Petit Arabe / le Jeune Matelot), Oleg Volkov (le Vieil arabe / le Vieux matelot / le Père Jeunesse / Le Gardien de nuit), Claire Barbier Serrano (la Marchande d'oiseaux), Cristina Greco (le Chiromancien), Marina Ogii (la Marchande de poissons / la Petite vieille), Virginie Maraskin, Susanna Wellenzohn, Marie Descamps (Les trois Messieurs), Audrey Dandeville (Le Chasseur), Florent Chamard (Le Mécanicien), La Vieille Dame (Sandrine Martin). |  |
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