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CRITIQUES DE CONCERTS |
31 mars 2025 |
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RĂ©cital du pianiste Alexander Malofeev dans le cadre des concerts Philippe Maillard Productions Ă la salle Gaveau, Paris.
L'art de l'élégie
Pour sa visite annuelle à Gaveau, Alexander Malofeev donne un superbe programme sortant des sentiers battus. Son exceptionnelle maîtrise sonore sidère dans Schubert et Kabalevski. Un penchant élégiaque sied davantage aux brumes de Janáček qu’aux Funérailles de Liszt, tandis que ses Scriabine se montrent insouciants mais toujours d’une plastique fascinante.
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La douce lumière de la sonorité d’Alexander Malofeev permet d’entrer immédiatement dans le premier des trois Klavierstücke de Schubert ouvrant le récital. Une connexion intime et un ton qui conviennent particulièrement à ces pièces intuitives plus proches des Lieder que des sonates. Le pianiste renforce même le caractère improvisé de cette écriture.
Il joue des couleurs et de la dynamique du son pour renouveler chaque refrain. Sans doute se montre-t-il un rien trop radieux pour la deuxième pièce présentée sans une ombre même fugitive. Malofeev rend parfaitement en revanche la brillance de la dernière, dans les syncopes et plus encore dans le chant central du trio où il semble rêver à mi-voix. Des qualités qu’on retrouve dans la pièce suivante.
Pourtant, la Sonate pour piano n° 3 de Kabalevski se présente de prime abord comme sous forte influence des compositions de Prokofiev avec le tumulte un peu convenu du premier et du dernier mouvement. Malofeev sait en donner une lecture claire jamais assourdissante. Mais surtout, dans le mouvement médian, son art de la pédale rappelle celui du légendaire Benno Moiseiwitsch qui ne dédaignait pas ce répertoire. Comme lui, Malofeev trouve la lyrique secrète de cette page, la rendant attachante sinon intéressante.
Après l’entracte, la seconde partie de soirée s’ouvre avec l’un des plus hauts chefs-d’œuvre de Janáček, le cycle Dans les brumes. Un choix de répertoire pertinent pour le pianiste russe très à l’aise avec les ruptures soudaines de cette écriture qu’il incarne sans jamais les souligner. Là encore la pédale crée une magie qui fige le discours comme un mirage sonore absolument fascinant.
Malofeev s’engage ensuite sans s’interrompre dans les Funérailles de Liszt. Si l’enchaînement fonctionne, la forme cyclique de la pièce demande une conduite plus directionnelle du discours. Or tout à la splendeur sonore de son jeu, le pianiste semble préférer l’élégie à la fureur des épisodes guerriers. Il consacre la dernière partie de programme à Scriabine.
Malofeev privilégie le chatoiement des couleurs pour les Quatre préludes op. 22 plutôt que d’y voir l’annonce des compositions plus ténébreuses. Une vision chromatique qui se prolonge avec l’enchaînement de la Fantaisie en si mineur. Le pianiste semble plus y voir une succession d’affects rendus avec superbe qu’une forme architecturée typiquement romantique.
Cinq bis mettent la salle en émoi. Malofeev en profite pour donner les deux charmantes valses d’Alexandre Griboïedov (premier et dernier bis), soit l’intégrale de la musique composée par ce diplomate dont le personnage inspira l’écrivain Tynianov pour La Mort du Vazir-Moukhtar. Comme la saison dernière une lecture pour le moins éparpillée du Prélude en ut# mineur de Rachmaninov déroute, mais deux Medtner tirés de son opus 38 enchantent, à l’instar d’une Canzona serenata de rêve.
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Salle Gaveau, Paris Le 12/03/2025 Thomas DESCHAMPS |
 | RĂ©cital du pianiste Alexander Malofeev dans le cadre des concerts Philippe Maillard Productions Ă la salle Gaveau, Paris. | Franz Schubert (1797-1828)
KlavierstĂĽcke, D. 946 (1828)
Dimitri Kabalevski (1904-1987)
Sonate pour piano n° 3, op. 46 (1945)
Leoš Janáček (1854-1928)
Dans les brumes (1912)
Franz Liszt (1811-1186)
Funérailles, S. 173 (1849)
Alexandre Scriabine (1872-1915)
Quatre préludes, op. 22 (1898)
Fantaisie, op. 28 (1900)
Alexander Malofeev, piano |  |
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