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CRITIQUES DE CONCERTS |
03 avril 2025 |
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Nouvelle production de Werther de Massenet dans une mise en scène de Christoph Loy et sous la direction de Marc Leroy-Calatayud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
Les souffrances de la jeune Charlotte
Les promesses d’un Werther d’exception se réalisent pleinement avec la mise en scène sobre et sensible de Christof Loy et des protagonistes de premier choix. Au Werther poète de Benjamin Bernheim répond la bouleversante Charlotte de Marina Viotti tandis que la direction de Marc Leroy-Calatayud confirme qu’il est désormais un chef à suivre.
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Les souffrances de la jeune Charlotte
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Jules Massenet atteint dans son Werther un dépouillement d’une efficacité dramatique décuplée. Christof Loy l’a parfaitement perçu. Il propose une mise en scène en résonnance à cette économie de moyens. Le dispositif qu’il a imaginé pour la Scala l’année dernière s’adapte sans peine à la scène du TCE : une sorte d’antichambre ouverte en son milieu par une double porte laissant voir un jardin d’hiver.
La maisonnée du Bailli a tout de la famille idéale nonobstant la mort récente de la mère : robes éclatantes, costumes soignés, enfants aimés et visiteurs bien accueillis. Vêtu de l’habit jaune et bleu imaginé par Goethe, Werther vient troubler l’ordonnancement. Les uns et les autres le regardent sidérés par l’effusion inconvenante de son invocation à la nature puis par l’annonce de ses sentiments. Une direction d’acteur d’une grande finesse psychologique entre en résonnance avec le livret. Deux chaises vides suffisent même au metteur en scène pour évoquer l’absence de la communion entre les époux Charlotte et Albert.
Werther incompris exaspère chacun jusqu’à Charlotte qui lui remet brutalement les pistolets et qui dans cette production trouve une présence comme on l’a rarement vue en scène. Prenant en compte les spécificités du livret par rapport à la source goethéenne qui montre un héros mourant seul, Loy fait se suicider Werther dans la véranda. Albert met un temps à donner la clé à Charlotte qui va alors chercher le mourant. L’agonie voit la véritable réunion des amants sous les yeux interdits des autres. Tout éclate comme dans certaines fêtes de Noël.
Une distribution d’un engagement exemplaire porte le drame. Petits rôles et enfants jouent et chantent avec un naturel confondant et apportent quelques délicates touches d’humour à l’instar des Johann et Schmidt bien croqués de Yuri Kissin et Rodolphe Briand. Dans la conception de Loy, Sophie se consume de jalousie. Sandra Hamaoui bouge de manière très convaincante mais son chant ne se montre pas à la hauteur avec une émission maîtrisant fort mal ses effets.
Jean-Sébastien Bou fait en revanche un Albert saisissant, froid jusqu’au dernier acte où il laisse enfin exploser ses sentiments. Tous offrent une excellente diction mais c’est le Werther de Benjamin Bernheim qui détient sans doute la palme en ce domaine.
Le ténor incarne son personnage avec un art consommé des demi-teintes. Elles font particulièrement merveille au II pour un soliloque d’une inspiration toute poétique. Au III, on comprend moins l’accès de virilisme brailleur qui frappe la fin de son Pourquoi me réveiller. Une agonie d’une sobriété irréprochable de style permet à son agonie d’échapper à tout grand guignol. L’émotion vient de la Charlotte de Marina Viotti qui s’embrase progressivement au fil des scènes. La soprano use d’une voix longue au timbre égal sur toute la longueur du spectre avec un résultat d’un lyrisme étreignant.
Dans la fosse, l’orchestre Les Siècles ne montre pas la même homogénéité. Les rapports déséquilibrés entre les pupitres et les timbres très verts détonent souvent. Heureusement, la direction très inspirée de Marc Leroy-Calatayud réalise l’exploit de faire oublier ces saillies intempestives par une respiration étonnante ainsi que par un soutien éclairé aux chanteurs. En définitive, une soirée assez proche de l’idéal.
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Théâtre des Champs-Élysées, Paris Le 22/03/2025 Thomas DESCHAMPS |
 | Nouvelle production de Werther de Massenet dans une mise en scène de Christoph Loy et sous la direction de Marc Leroy-Calatayud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris. | Jules Massenet (1842-1912)
Werther, drame lyrique en quatre actes (1892)
Livret d’Édouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann inspiré des Souffrances du jeune Werther de Goethe
Chœur d’enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine
Les Siècles
direction : Marc Leroy-Calatayud
mise en scène : Christof Loy
décors : Johannes Leiacker
costumes : Robby Duiveman
Ă©clairages : Roland Edrich
préparation des chœurs :
Avec :
Benjamin Bernheim (Werther), Marina Viotti (Charlotte), Jean-Sébastien Bou (Albert), Sandra Hamaoui (Sophie), Marc Scoffoni (Le bailli), Yuri Kissin (Johann), Rodolphe Briand (Schmidt), Johanna Monty (Kätchen), Guilhem Begnier (Brühlmann). |  |
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