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DOSSIERS |
22 novembre 2024 |
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Henry PURCELL
Fantasia for the Viols
Hespèrion XX
Jordi Savall (dessus de viole)
Sophie Watillon (hautecontre de viole)
Eunice Brandao et Sergi Casademunt (ténors de viole)
Wieland Kuijken, Marianne Müller et Philippe Pierlot (basses de viole)
Astrée Naïve ES 9922
De prime oreille, ce disque ouvre un torrent d'adjectifs contradictoires : puissant, mélancolique, bondissant, méditatif, renversant, hiératique, souple, âpre, radieux, rare, plein, élevé, déchirant, maîtrisé, fiévreux, lumineux, douloureux, plein, tragique, monumental, tourmenté, mobile, vacillant
C'est dire qu'un tel pouvoir suggestif ne peut-être que le fait d'un chef-d'oeuvre.
Sans surprise, l'excellent livret d'Harry Halbreich place d'emblée le débat à l'altitude de l'art de la fugue. En effet, comme l'oeuvre de Bach, les Fantaisies pour Violes de Purcell constituent un art déjà anachronique (surtout à l'heure où le violon et ses acolytes défrettés envahissent le sol britannique). Les Fantaisies sont aussi la somme d'une forme d'écriture strictement contrapuntique dont la virtuosité rivalise avec le dernier recueil des fugues du divin cantor. Strettes audacieuses, canons à multiples renversements, superposition des thèmes en augmentation ou en diminution, cadences rompues, modulations incessantes, Purcell ne ménage jamais sa plume. Enfin et fortuitement, les deux oeuvres ont un dernier point commun qui réside dans l'inachèvement
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Lluis del MILÀ (Luis MILAN)
Fantaisies, Pavanes & Galliardes transcrites du recueil “El Maestro”
Jordi Savall (dessus de viole)
Andrew Lawrence-King (harpe & psaltérion)
Sergi Casademunt (alto de viole)
Eunice Barndao (ténor de viole)
Lorenz Duftschmid (basse de viole)
Astrée Naïve ES9927
L'activité musicale est intense dans l'Espagne du XVIe siècle. Les ensembles instrumentaux occupent une part importante de la vie culturelle, pourtant le corpus musical subsistant pour ces ensembles est très mince puisqu'il se résume au fameux Trattado de Glosas d'Ortiz.C'est pourquoi Jordi Savall se propose d'en élargir le répertoire par la transcription.
Pour cela, il a retenu la figure de Luis Milan (anoblit à la catalane en Lluis del Milà ), à qui l'on doit le plus ancien traité de vihuela (instrument qui ressemble à une guitare) connu à ce jour. Intitulé El Maestro, son traité est une méthode d'apprentissage de l'instrument. Elle procède par exercices progressifs et sa notation en tablatures est a priori un obstacle pour la transcription.
Cela n'arrête pas Savall qui franchit facilement la barrière de l'idiome instrumental pour recréer une musique radicalement différente avec presque les mêmes notes. Avec les fantaisies et surtout les danses arrangées pour ensemble de violes épisodiquement soutenues d'une percussion, un univers neuf surgit. Le soleil y brille très fort et les sentiments y sont presque palpables. Sans rien enlever au merveilleux enregistrement d'Hopkinson Smith pour la vihuela (dont la seule la prise de son a vieilli), il fait bon aller prendre quelques coups de soleil ou de torpeur sous le del Milà de Jordi Savall.
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Lessons for the Lyra-Violl
Jordi Savall
Astrée (à rééditer)
À une certaine époque, le maître Catalan dévorait avec avidité les pièces de viole de Couperin, Marais, Caix d'Hervelois, Hume et Sainte Colombe. Mais excepté le disque d'Hume (une réussite), le De Machy (dont il avoue être moins satisfait) et le récent récital intitulé les Voix Humaines (une compilation de son répertoire), Savall a rarement enregistré son instrument favori seul.
C'est pourquoi ce disque des “ Lessons for the Lyra-Violl ” doit être considéré avec une attention particulière. En premier lieu, il défriche un répertoire anglais presque jamais défendu au disque : celui de compositeurs aussi discrets que Corkine, Ferrabosco ou Coperario.
Ensuite, cet enregistrement embrasse presque d'un coup d'archet toute la gamme expressive de la basse de viole, des plus douces caresses et soupirs d'amour, en passant par toute une gamme de grognements, cris et plaintes.
Le tout est amplifié par l'usage de différents accords (scordatura) qui révèlent à chaque fois une nouvelle gamme de couleurs de l'instrument. Jamais peut-être, Savall ne s'est surpassé comme dans Come Live with Me ou Whoope Doe Me No Harme Goodman. Dommage qu'une des plus belles déclarations d'amour pour la viole ait déserté les bacs.
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Marc Antoine Charpentier
Canticum ad beatam virginen mariam
Le Concert des Nations
Direction : Jordi Savall
Avec Monserrat Figueras, Maria Cristina Kiehr, Maite Arruabarrena, Gérard Lesne, John Elwes et Josep Cabré.
Astrée Naïve ES 9929
Ils sont énervants ces Colin Davis, John Eliot Gardiner et autres William Christie à révéler aux oreilles médusées des Français les trésors de leur musique nationale. Jordi Savall appartient à cette même clique et, en la matière, son pouvoir ne se limite au répertoire de la Viole de gambe.
L'une des réussites les plus sidérantes du maître catalan est ce disque de musiques mariales composées par Charpentier. Si Savall ne s'est pas plié à la prononciation gallicane du latin, son intuition du style, l'atmosphère de dévotion, la lumière toute de demi-teintes et clairs-obscurs, la texture des voix comme tissées dans la soie donnent immédiatement envie de croire à l'immaculée conception
de ces sons-là .
Si jamais des anges se sont penchés sur un enregistrement pour le nimber d'un peu de leur grâce séraphique, voici l'élu. De quoi regretter que Savall n'ait jamais enregistré le sublime De Profundis de Delalande, qui fut pourtant diffusé par deux fois en nocturne sur une chaîne de télévision française.
Et aussi
Diego Ortiz
Recercada del Trattado de Glosas
Jordi Savall, viole
avec Ton Koopman, Rolf Lislevand et Lorenz Duftschmid
Astrée Naïve ES9967
Le plus saisissant disque de viole renaissance jamais gravé.
François Couperin
Les Nations
Hespèrion XX
Jordi Savall, viole et direction
Astrée Naïve ES9967
Le coffret idéal pour célébrer l'année Couperin. Un monument de sensualité et une référence jamais égalée.
Sélection réalisée par Eric Sebbag
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